Nos tips
Angels Santé

La saison des AG: le rendez-vous que certains dirigeants oublient encore

:La saison des AG: le rendez-vous que certains dirigeants oublient encore

Chaque année, à l’approche de l’été, le même étonnement revient : certains investisseurs doivent rappeler aux dirigeants qu’ils attendent toujours l’assemblée générale annuelle.

Lorsque les actionnaires ont reçu peu d’informations au cours des derniers mois, cette attente devient forcément plus pressante. L’AG n’est pas une formalité administrative parmi d’autres. C’est souvent le seul moment de l’année où l’ensemble des investisseurs peut prendre du recul, comprendre ce qui s’est réellement passé et échanger directement avec les dirigeants.

Pour un investisseur, ce rendez-vous permet de comparer les ambitions présentées au moment de la levée avec la réalité de l’exercice écoulé. Quelles étapes ont été franchies ? Quels objectifs ont été décalés ? Quelles difficultés ont été rencontrées ? Comment la trésorerie a-t-elle été utilisée ? Et surtout, quelles sont désormais les priorités de l’entreprise ?

Dans une startup, personne ne s’attend à ce que tout se déroule exactement comme prévu. Un développement prend du retard, un recrutement échoue, une autorisation réglementaire se fait attendre, un client important reporte sa décision. Les investisseurs connaissent cette réalité. Ce qui fragilise la confiance n’est pas la difficulté elle-même, mais le manque d’information.

Informer ses actionnaires n’est pas accessoire

Après une levée de fonds, un reporting régulier est généralement prévu, parfois chaque mois, plus souvent chaque trimestre. Dans les faits, cette discipline tend à s’essouffler avec le temps. Le dirigeant se concentre sur les opérations, le produit, les ventes ou déjà sur la prochaine levée.

C’est compréhensible, mais ce n’est pas une raison suffisante pour laisser les actionnaires dans le silence.

Ils ont financé un projet, accepté un risque élevé et confié des moyens à une équipe. Ils doivent donc pouvoir suivre l’évolution de l’entreprise, comprendre l’utilisation des fonds et identifier les besoins futurs. Il ne s’agit pas de leur soumettre chaque décision opérationnelle, mais de leur donner une vision honnête et suffisamment régulière de la situation.

L’assemblée générale joue alors un rôle essentiel. Elle permet d’approuver les comptes, de statuer sur l’affectation du résultat, mais aussi de présenter les faits marquants de l’année et les perspectives. Le budget de l’exercice en cours peut également y être discuté, même si son approbation relève parfois d’un autre organe de gouvernance.

Une obligation, mais surtout une question de confiance

Les règles diffèrent selon la forme de la société et ses statuts. Pour les SARL et les SA, les comptes sont en principe soumis aux associés dans les six mois suivant la clôture. Dans les SAS, très fréquentes dans l’univers des startups, les modalités sont largement déterminées par les statuts.

Mais au-delà du droit, le sujet est surtout celui de la qualité de la gouvernance.

Une AG organisée tardivement, des comptes transmis au dernier moment ou l’absence de réponses aux questions des actionnaires envoient rarement un bon signal. Cela peut nourrir la méfiance, compliquer les échanges avec le conseil d’administration ou le comité stratégique et rendre plus difficile une future demande de financement.

Car au moment de la prochaine levée, le sujet reviendra nécessairement sur la table.

Les futurs investisseurs demanderont les comptes annuels, les procès-verbaux d’assemblée, les décisions d’affectation du résultat et l’historique des principales décisions sociales. Une dataroom incomplète ou plusieurs exercices non régularisés peuvent ralentir sérieusement une due diligence et donner l’impression d’une gouvernance insuffisamment maîtrisée.

Le silence coûte plus cher que la transparence

Un dirigeant peut être tenté de repousser l’assemblée parce que les résultats sont décevants, que la trésorerie est tendue ou que les objectifs n’ont pas été atteints. C’est précisément dans ces moments-là que la transparence est la plus importante.

Les investisseurs savent qu’une startup traverse des périodes complexes. Ils peuvent entendre un retard, un changement de stratégie ou une baisse de revenus. Ils peuvent même, parfois, aider à trouver une solution.

Mais ils réagissent beaucoup moins bien lorsqu’ils découvrent tardivement une difficulté qui aurait dû être partagée plusieurs mois auparavant.

Tenir son assemblée générale dans les délais, transmettre des documents clairs et répondre franchement aux questions ne garantit pas le succès de l’entreprise. En revanche, cela contribue fortement à préserver la confiance.

Faut-il également rappeler les risques juridiques et financiers ? L’absence de dépôt des comptes peut entraîner une amende, tandis qu’un associé peut saisir le tribunal pour obtenir une régularisation. La responsabilité du dirigeant peut également être engagée lorsqu’une faute lui est imputable et qu’elle a causé un préjudice.

N’oublions pas qu’à l’heure de préparer une nouvelle levée, la confiance des investisseurs devient l’un des actifs les plus précieux de l’entreprise. Le monde de l’investissement est petit, et les réputations s’y construisent — ou s’y abîment — très vite.  Dans un contexte où les levées sont devenues plus difficiles, une AG tenue en retard peut être rédhibitoire et être un facteur d’échec d’une levée. Organiser son AG, informer ses actionnaires et tenir ses engagements de gouvernance : un réflexe annuel qui peut rapporter bien plus qu’il ne coûte.

Article rédigé par Caroline Saï

juillet 2026