Angels Santé organisait son premier Afterwork Sharing Session : « Echange d’expérience sur l’entrée en bourse (IPO) »

Maéva Joalland Les News Angels Santé

Echange d'expérience sur l'entrée en bourse (IPO)

Le développement d'un produit de santé est capitalistique. D'une manière ou d'une autre les sociétés doivent arriver à mobiliser des sommes importantes pour leur développement. Si l'entrée en bourse n'est pas une obligation car certaines sociétés arrivent à travailler avec de gros fonds d'investissements et/ou en partenariat avec une grosse pharma, de facto peu d'entre-elles arrivent à se passer d'une IPO. Comment, quand, pourquoi ?

 

Aucun texte alternatif pour cette imageGuy-Charles Fanneau de la Horie.
Il a  mené avec succès deux IPO, la première en 2010 avec la société Neovacs et la seconde en 2021 avec la société Pherecydes Pharma dont il est l'actuel CEO, partage son retour d'expérience.

Qu'est-ce qu'une IPO ?

La plupart du temps, l'IPO est une augmentation pure de capital. Parfois il s'agit d'un mix d'augmentation de capital avec l'arrivée de nouveaux actionnaires et de ventes d'action existantes par d'anciens actionnaires qui souhaitent se retirer et revendre leurs parts.

Une IPO peut se faire avec ou sans visa de l'Autorité des marchés financiers (AMF). Au-dessus de 8 M€, le visa AMF est obligatoire.

Pourquoi faire une IPO ?

Il y a deux raisons principales de faire une IPO : lorsque les besoins en capitaux de la société dépassent les capacités des actionnaires actuels ou bien lorsque les actionnaires souhaitent sortir du capital et ont besoin de liquider leurs titres. Par ailleurs, l'IPO permet de gagner en visibilité auprès d'investisseurs qui ne s'intéressent qu'aux sociétés cotées et d'accroître sa notoriété pour faciliter des opérations de fusion-acquisition et de business développement. Pour les industriels de la pharma notamment, les sociétés cotées sont un gage de transparence, de clarté et de pérennité.

Les choses qui changent après une IPO

Les sociétés cotées ont une obligation de transparence sur leur situation financière et sur le développement de leur portefeuille de produits.

Les évènements majeurs doivent être rendus publics - généralement par communiqué de presse - y compris les évènements négatifs comme un résultat d'essai clinique non-concluant. La dissimulation d'information peut conduire à des poursuites pénales.

De plus, lorsqu'on fait une IPO, il faut avoir conscience que la vie n'est plus la même après. Des événements qui peuvent être facilement compris par des investisseurs spécialisés tels que ceux du capital risque, sont parfois moins bien compris des investisseurs en bourse. 

A quel moment faire une IPO ?

La réponse évidente est "quand la société a besoin d'argent". Il y faut cependant réunir certaines conditions pour réussir son IPO. La société doit être suffisamment mature et a minima être aux portes de la clinique. Plus le développement clinique est avancé, meilleures sont les chances de succès de l'IPO car le projet est davantage « dérisqué ». Idéalement, il faut des essais cliniques en cours et avoir terminé sa phase 1 et sa phase 2. 

Les jalons et événements majeurs à atteindre à court-moyen termes doivent également être générateurs de valeur pour convaincre les futurs investisseurs.

Comment se prépare une IPO ?

Il est nécessaire de construire une thèse d'investissement. Raconter une histoire attractive pour les investisseurs et avoir un plan de développement avec des jalons clés à forte valeur ajoutée à court-moyen terme pour créer un news-flow régulier et dense.

La difficulté dans l'exercice est d'arriver à séduire les investisseurs non-spécialistes malgré la complexité inhérente à la science et la technologie. Le projet doit être ancré dans quelque chose de concret : le besoin clinique qui est ciblé avec idéalement des témoignages patients et/ou prescripteurs. Il faut pouvoir expliquer que l'on répond à un besoin médical fort, avec une vraie attente et un vrai marché qui permettra de générer du chiffre d'affaires et faire du profit.

La thèse d'investissement doit également préciser le montant souhaité et l'utilisation de cet argent sur une période donnée. L'augmentation de capital doit permettre d'atteindre un jalon clé, créateur de valeur, à une échéance définie.

Pour réunir les investisseurs nécessaires, il faut également choisir un "listing sponsor" parmi les banques spécialisées dans les introductions en bourse. Selon le montant visé pour l'IPO, deux banques peuvent être mobilisées. Parfois, une seule banque suffit. Ce sont ces banques qui détiennent le listing d'investisseurs potentiels. Le choix du listing sponsor n'est donc pas anodin. Une relation de confiance entre le listing sponsor et la société est indispensable. Se renseigner sur les autres IPO en cours dans le portefeuille du listing sponsor permet également de savoir si la réussite de l'IPO que l'on est en train de mener est critique ou non pour cette banque. Vérifier également si le listing sponsor a les ressources humaines disponibles pour travailler sur l'IPO.

La valeur de l'action est ensuite négociée entre le listing sponsor et la société. Il est important de garder en tête que les intérêts entre le listing sponsor et la société ne sont pas toujours parfaitement alignés. Le mode de rémunération du listing sponsor est constitué d'un montant fixe ("retainer") qui se négocie avec la société et d'un montant variable indexé sur le montant de l'IPO. Un cours de l'action trop élevé peut faire échouer l'IPO. Un cours trop bas est défavorable à la société qui cherche à faire une augmentation de capital.

Avant de lancement l'IPO, en général un tour de « chauffe » est pratiqué auprès d'une poignée d'investisseurs. Si le projet ne les attire pas, il est prudent d'envisager de reporter l'IPO jusqu'à que le projet soit suffisamment mature et/ou redéfinir les conditions de l'IPO.

Par ailleurs, il est d'usage que les investisseurs historiques restent et participent pour au moins 25% de la levée de fonds. C'est un gage de confiance et il faut pouvoir présenter cet engagement à l'écrit au listing sponsor et aux futurs investisseurs entrants. 

"L’ IPO est un moment clé dans la vie d’une entreprise. Elle exige beaucoup de préparation et de travail. Elle permet de transformer la société, de récompenser les investisseurs initiaux, d’aligner plus clairement les intérêts du management et des investisseurs mais recèle également de potentiels dangers car le marché boursier est sans indulgence."